La culture familiale du soja
en zones tropicales

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révision 14 août 2011

Expérience et pratique au Cameroun (Nord et Sud)

Table des matières

  1. POURQUOI CULTIVER DU SOJA  (Glycine max) ?
  2. -  LE CLIMAT
  3. LE TERRAIN
    1. - Le choix des terrains
    2. - L’aménagement du terrain
    3. - La fumure
  4. LES SEMIS
    1. --  Les semences
      1. - Les variétés :
        Passons en revue quelques caractères  extérieurs.
      2. - Récoltes et récolte des semences
      3. - Le battage pour avoir les semences
      4. - Calibrage des semences : au tamis
      5. - Conservation des semences
        1. - En zone tropicale sèche
        2. - En zone tropicale humide 
        3. - En zone humide 
        4. - Pour les petites quantités de semences : (par exemple un kilo)
        5. - En gousses (ou pieds entiers)
      6. - Où se procurer  des semences ?
        ► Si le soja est cultivé dans votre région.
        ► L’ONG « Afrique Verte »
        ► L‘ IITA : International Institute of Tropical Agriculture PMB 5320,
                       Ibadan, Nigeria
          Email: IITA@CGNET.COM
        ► Si vous n’avez rien de tout cela
      7. - Vérification de la qualité des semences
    2. - les semis proprement dit.
      1. --  Préparation du terrain
      2. -- Quels jours semer ?
      3. --  A quelle heure semer ?
      4. -- Traitement des graines
      5. -- Comment semer ?
        -- Densité à l’hectare :
        -- Distance entre les rangs 
        -- Distance entre les poquets
        -- Poids des graines nécessaires pour semer un hectare.
        -- Profondeur :
        -- semer avec quel outil ?
                Si le terrain a été labouré
                Si le terrain n’a pas pu être labouré
        -- Nombre de graines 
        -- Ne pas plomber  
  5. -   L’ENTRETIEN
    1. --  Le Sarclage
    2. – Le Démariage  
    3. – Le Buttage 
    4. – Le Désherbage  manuel
    5. – Un Traitement insecticide ?
  6. -   LA RÉCOLTE
    1. -- Comment faire sécher
    2. -- Comment « battre »
    3. -- Tamisage et vannage
    4. -- Les résidus de battages
  7. LA CONSERVATION  du soja
              (Voir au §  Semences)
    1. -- En zone sèche : 
    2. -- En zones humides 
  8. -   LES UTILISATIONS  du soja
  9. -   POUR EN SAVOIR PLUS....     

  

  1. -  POURQUOI CULTIVER DU SOJA  (Glycine max)  *  ?

    Répondre à cette question n’est pas le but de cet article qui concerne surtout la culture du soja dans les zones qui ne le connaissent pas encore, ou peu, au Sud du Sahara.
    La raison essentielle d’encourager la culture familiale du soja, est sa très forte teneur en un acide aminé « essentiel et limitant » la Lysine (2, 5 % environ) Plus que dans que le niébé ou l’arachide, plus même  que dans le lait en poudre (2,09% si entier et 2,87 si écrémé) . C’est pour cette raison que le soja peut remplacer le lait, la viande, le poisson et les œufs**. Cuit ou grillé il se digère plus facilement que les haricots secs. On l’utilisera pour la nutrition des enfants en bas âges des personnes dénutries, malades, âgées...
    Il existe maintenant suffisamment de variétés sélectionnées pour que le soja soit cultivable dans de nombreuses écologies agricoles.
    Le soja se conserve bien.Iil n’est attaqué par les insectes qu’en zones humides.
    Il peut comme les autres plantes « légumineuses », se cultiver sans engrais avec de possibles bons rendements tant  en culture pure qu’associé à d’autres cultures.

    * Il existe une autre plante improprement appelée « soja vert ». C’est en fait le «  haricot mungo » « amberique » « mung bean »  , (Vigna Radiata ex. Phaseolus Mungo Roseb )
    Il mérite aussi toute votre attention (cf. xlaurentb@yahoo.fr)  Il pousse  partout si il fait chaud.
    ** voir sur internet les "tables canadiennes de composition des aliments", très documentées.

     

  2. - LE CLIMAT
                Le soja peut pousser un peu partout si la saison des pluies habituelle dure  quatre mois ou plus. Il pourra se contenter de trois mois au cours de cette saison  Les cycles de cultures « semis récoltes » vont en effet de 75 à 140 jours selon les variétés. Il faut en principe entre 700 et 1000 mm de pluie pour le soja. Mais d'autres facteurs comme l'humidité de l'air ou la nature du sol (bas fonds, rizières, irrigation complémentaire) permettent des variations importantes.
    Les variétés de 100-110 jours s’adaptent à une importante gamme de climats.
    Les diverses variétés sont plus ou moins  sensibles à la longueur des jours et des nuits (photosensibles) On observe donc un cycle un peu différent selon la latitude à laquelle on se trouve et la saison à laquelle on la cultive. 
     Le soja résiste correctement à la sécheresse. A peu près comme le maïs mais beaucoup moins bien que l’arachide. Il faudra en tenir compte pour le choix et l’aménagement du terrain ....comme pour le maïs. .

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  3. -  LE TERRAIN

    1. - Le choix des terrains

       La résistance assez moyenne du soja à la sécheresse fera qu’on le sèmera dans des terres retenant bien l’eau, ayant donc un taux d’argile* suffisant.
      ■ On choisira de préférence des terres limoneuses riches aussi en humus, mais on peut toujours améliorer le terrain dont on dispose
      ■ Les terrains plus sableux ne seront utilisables qu’en des lieux où la pluviométrie est régulière.
      ■ Les terres dites« battantes » ou « hydromorphes » sont à éviter: la germination y est difficile et l’aération mauvaise (pour le développement des bactéries qui fixent l’azote)
      ■ La terre arable devra avoir une profondeur d’au moins 15 cm
      Les terres favorables au maïs sont aussi bonnes pour le soja. Sauf si elles sont vraiment très argileuses
      ■  On préférera pour semer du soja  un champ qui a déjà reçu une culture de soja l’année précédente (voir plus loin les rhizobiums)
      ■  On pourra semer dans un champ de sorgho qui vient de germer, entre les poquets de sorgho. Ou semer des rangs de soja entre les rangs de sorgho, selon les places disponibles
      ■On peut semer aussi dans un champ d’arachides semé à densité trop faible, si la terre n’est pas trop sableuse ; 
      ■  On sèmera le soja en plein soleil ou, s’il y en a localement, sous des Fedherbia (Acacia Albida ou Kad)
      *Il existe de nombreuses variétés d’argiles qui retiennent plus ou moins bien l’eau : la kaolinite retient très peu l’eau et ne se fendille que  peu en séchant, la montmorillonite, elle,  gonfle beaucoup à l’eau elle est donc potentiellement meilleure et se fendille fortement en séchant.

    2. - L’aménagement du terrain

      - Cultiver selon les courbes de niveaux même si les terrains sont en pentes faibles, même inférieures à 1 %
      -  Tracer en courbes de niveaux avec petits fossés anti érosifs si la pente dépasse 1%
      -  Construire même des « terrasses » en courbes de niveau, s’il y a des pierres disponibles
          Le semis en ligne se fera en suivant les courbes de niveaux. On utilisera un traceur à  trois ou quatre dents (facile à bâtir) pour garder l’équidistance des lignes. 

    3. - La fumure

      • Fumer  si possible. Au fumier, au composte, par déchets végétaux...  les terres destinées au soja ; pour enrichir les terrains, mais aussi pour augmenter la capacité de rétention en eau de ces terrains et leur capacité d’absorber les pluies violentes. On évitera ainsi le lessivage par les pluies tant des argiles que des sels minéraux.
      • On a aussi intérêt à répandre, si on le peut, du calcaire ou de la chaux.
      • Engrais : Le soja réagit bien à la potasse et au phosphore seulement si on utilise ces engrais dans de bonnes conditions de culture. Si non ce n’est pas rentable.
      •  Des bactéries du sol (Rhizobium japonica) spécifiques du soja, s’installent en symbiose sur les racines comme dans le cas des arachides et des haricots et autres légumineuses ; elles fixent l’azote de l’air et forment sur les racines des petites « nodosités ». Le soja se nourrit de cet azote fixé par les bactéries.
      • Cependant la première année de culture du soja, sur un nouveau terrain, si on ne voit pas de nodosité (rose à l'intérieur) sur les racines au moment du début de la floraison c’est qu’il n’y a pas assez de cette variété de rhizobiums et on a avantage à aider la croissance du soja avec un peu d’engrais azoté (50 unités/hectare). 
      • On sèmera le soja à la même place jusqu’à trois années de suite contrairement à la façon de faire pour les autres cultures.
      • Si on connaît une parcelle de champ sur laquelle le soja a déjà été cultivé avec des rhizobium efficaces, on peut répandre un peu de cette terre sur le nouveau champ de soja (quelques seaux, juste avant le labour, sans laisser le soleil tuer les bactéries) pour y amener les races de  Rhizobiums du soja
      • Les rhizobiums se développent mieux en présence de calcaire  et moins bien si on met trop d’engrais azoté.

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  4. - LES SEMIS
    1. --  Les semences. 

      Il est efficace et essentiel d’accorder  une grande importance à la qualité des semences. Il faudra accepter d’y passer du temps dès le moment de la récolte 

      Pour  avoir par soi même une quantité importante de bonnes semences (voir plus loin) c’est très simple, mais demande un peu de temps et pas mal d’attention si on ne part que de quelques graines !   Un bon pied de soja donne entre 50 et 150 graines. 

      1. - Les variétés :

        Il existe des milliers de variétés de soja (sans parler des variétés dites OGM).
        Connaître le numéro matricule et les caractéristiques d’une variété sélectionnée est, bien sûr, tout à fait recommandé, mais il faudra constamment garder de coté les variétés « autres » qui peu à peu apparaissent dans la récolte. Certaines pouvant être très intéressantes. Encore faut-il savoir les « voir » !
        Il est bon d’observer  les diverses variétés pour distinguer certaines de leurs caractéristiques
        Des semences   homogènes sont souhaitables ; Homogènes en ce qui concerne
        →la durée du cycle semis récolte pour pouvoir faire la récolte en une seule fois
        →la  taille des grains pour faciliter le tamisage des petits grains (murs et non murs), pour la semence, et aussi pour le grillage  (les petits grains vont griller et ...brûler plus vite que les gros)
        →la couleur pour reconnaître les grains non mûrs (il existe des variétés vertes à cultiver à part) et pour la bonne présentation si l’on vend

         Passons en revue quelques caractères  extérieurs.
        ►Couleurs des  grains : ils peuvent être noirs, bruns, vert clair ; jaunes plus ou moins clair, et même bigarrés, de couleur uniforme ou striée. 
        ►Couleur et taille du hile (point d’attache du grain à la gousse) : il peut être blanc, noir, brun, large, étroit, aréolé ou non de blanc de noir ou de rouge... Observez !

        004      Divers soja sur Wikipédia      Graines de diverses variétés  

        ► La forme et la taille des grains à maturité normale dépendent  de la variété. Grains plus sphériques ou ovales, ou aplatis. On donne habituellement le poids de 1000 grains pour pouvoir les comparer (de 150 à 250 grammes environ)
        ► Couleur des gousses sèches  et des poils qui les recouvrent.
        Ces poils blancs, gris ou rouille, donnent aux gousses des teintes assez distinctes pour faciliter la sélection et l’élimination des variétés indésirables au moment de la récolte, ou au contraire trouver dans le champ les pieds intéressants qui ont cette couleur (à poils rouges par exemple)
        ► La forme des feuilles. Elle est assez constante mais certaines variétés ont des folioles plus étroites, de couleur verte plus ou moins foncée.
        ► Couleur des fleurs : Habituellement violettes, les fleurs peuvent être blanches pour certaines variétés. C’est à la floraison qu’il faudra être attentif et les « marquer » par exemple d’un anneau de ficelle pour les séparer à la récolte.
        ► La taille des plants. Elle dépend de la variété mais aussi du sol et du climat. Les variétés à cycle extrêmement court sont petites (30 cm)  D’autres à cycle plus long peuvent atteindre de 75 cm à 100 cm selon le climat et le sol.
        ► La manière de fleurir : certaines variétés ne donnent qu’un nombre limité d’étages de fleurs : deux ou trois... D’autres, à cycles plus longs, fleurissent en hauteur tant que la saison est humide... Avec des gousses en bout de tiges.
        ► Le temps nécessaire pour aller des semis à la récolte (cycle semis récolte) auquel correspond aussi un temps « semis début de floraison », est variable selon les espèces, mais fixe pour une variété donnée, en un lieu donné (environ 35 jours)
        La déhiscence : c'est-à-dire la facilité ou résistance  plus ou moins grande qu’ont les gousses à s’ouvrir quand elles sont mûres et qu’il fait sec. Il faut, en zone sèche éliminer toutes les variétés qui ont une tendance même petite à s’ouvrir seules.
        ► La résistance à diverses maladies.

        A partir de ces observations on peut commencer à trier les variétés dans un lot de semences reçues ou du marché, et cela déjà avant de semer   Séparer les grains en divers lots d’après leurs caractéristiques extérieures peut faciliter l’observation des autres caractères au champ et le repérage des variétés intéressantes.
        Le soja se féconde généralement lui-même, dans chaque fleur, comme pour les autres légumineuses. Il est « autogame ». Les croisements entre variétés sont donc rares mais se produisent parfois quand les fleurs sont mangées partiellement par des insectes qui les ouvrent. Les variétés se conservent donc telles qu’elles sont, contrairement au maïs qui, lui, est totalement « hétérogame ».
        La suite de la sélection et du tri se fera en cours de culture (cycle, couleur des fleurs..) et, sur pied, au moment de la récolte

        Les variétés de soja ayant un cycle de végétation court sont de moindres rendements que celles à cycle long, mais ont de plus faible risque d’échec.

        Quand on cherchera des nouvelles variétés on qu’on en repèrera de nouvelles dans le champ il faudra leur donner un nom (celui par exemple du donateur ou celui de son village) ou un numéro avec vos initiales personnelles par exemple :  XL1 ;  XL2 ;  XL3 etc. Bien étiqueter les lots de semences ! Avec la date et année de récolte  ! Si non il y aura des erreurs, des surprises et des déceptions !

      2. - Récoltes et récolte des semences

        Quand le soja est mur, non seulement les feuilles sèchent, mais il perd  TOUTES ses feuilles.
        Si des feuilles sèches restent attachées à la tige c’est le signe que la plante a souffert de sécheresse. Les grains seront petits et de mauvaise qualité et la récolte de faible poids. Les semences germeront très mal ou... pas. Dans ce cas on obtient quand même quelques  semences acceptables en cueillant une à une sur ces pieds les quelques gousses pleines et mûres, celles du premier étage de fleurs qui ont eu, elles, le temps de murir les premières.
        Il ne faut récolter un pied de soja que lorsqu’il est sec et que toutes ses feuilles sont tombées. Cela évite par ailleurs les problèmes de séchage des grains. Si quelques  pieds isolés sont encore verts, c’est probablement qu’ils sont d’une autre variété. On peut les laisser encore murir sur pied et les récolter une semaine après par exemple

        C’est au moment de la récolte qu’il faut penser à préparer les semences pour semer la saison suivante ou pour les  vendre   comme semences.
        Avant que tout le champ soit sec on peut déjà repérer les pieds qui ont une maturité plus précoce que les autres. Cela correspond souvent à une différence de variété qu’on pourra corroborer avec d’autres caractères particuliers.
        Cette « pré récolte » permettra soit d’avoir des semences d’un cycle plus court soit au contraire d’éliminer ces plans différents des autres pour rendre le lot plus « homogène »
        Il arrive qu’une partie plus pauvre du terrain murisse ou sèche avant le reste du champ. En tenir compte si on recherche des variétés intéressantes.

        On récolte en culture familiale au sécateur ou, plus rapidement, en cassant  à la main le pied de la  tige sèche (mettre des gants ou s’entourer les doigts d’un linge pour éviter les blessures !). On laissera sur place les racines enrichir la terre (humus et azote des rhizobiums).
        Pour la semence : On récolte le matin par beau temps d’abord les pieds les plus chargés de gousses bien pleines et on les met à part pour être, non pas battues, mais piétinées* en fin de soirée. Seules les gousses mûres et bien sèches vont éclater et libérer les graines qui seront toutes de même calibre et de très belle apparence. Ce seront des semences de première qualité !
        On peut faire ainsi plusieurs récoltes partielles du champ espacées de quatre à cinq jours, pour avoir des semences bien mûres  ou du soja de meilleure qualité, même si les variétés sont mélangées à l’origine. On découvrira souvent des pieds atypiques ... à suivre si on le peut !

        * Le « battage » au bâton est trop violent et fissure les cotylédons. Ces chocs diminuent le pouvoir germinatif et la conservation de ces semences        

      3. - Le piétinement pour avoir les semences

        Pour les semences il faut faire, si possible, la récolte et le premier « piétinement » dans la même journée pour des questions de sécurité (va-t-il pleuvoir ? ne pas tout confondre et ne pas  mélanger les lots et variétés...)
        Sur une surface cimentée ou une grande bâche ou un terrain dur bien balayé, on pourra commencer par piétiner les tas de récolte pour en extraire les graines les plus mûres. Elles se libèrent en premier. Le reste, battu à nouveau plus tard  au bâton, est pour manger. Les tiges seront conservées pour la nourriture des ruminants qui les consomment volontiers même les tiges dures.

      4. - Calibrage des semences : au tamis
        • Dans un lot de semences on a vite fait d’éliminer les graines les plus petites en passant les grains dans un tamis aux trous de dimensions convenables.
        • Pour faire de la farine de soja grillé, pour les enfants,  on éliminera aussi au tamis  les petites graines peu mûres, moins riches en huile et protéines. Au grillage elles brûlent vite.
        • Les très petits grains seront grillés à part et donnés en farine aux poussins.
        • On confectionnera des tamis de divers calibres en perçant des cartons avec un « bic » - ou des tôles fines, et vielles cuvettes en aluminium avec  une tige métallique pointue de calibres voulus. Certains sauront aussi « tisser » des tamis.
      5. - Conservation des semences

        On aura à lutter contre l’humidité, les insectes, la chaleur

        1. - En zone tropicale sèche

          Les semences de soja se conservent bien d’une récolte aux semis suivants. Elles craignent plus l’humidité que la chaleur.
          Aucun insecte ne les attaquent sinon quelques papillons sans importance.

        2. - En zone tropicale humide (à deux saisons des pluies)

          Les semences ne se conservent que d’une saison de culture à l’autre c'est-à-dire moins de six mois, et cela sans conditions particulières autre que de les garder dans un endroit sec et le moins chaud possible.
          Si on veut conserver plus longtemps (un an) le pouvoir germinatif des semences de soja il faudra impérativement les conserver AU SEC. On y parvient en enfermant les lots de semences dans des sacs de toiles placés dans un fut métallique ou de plastique bien fermé, dans lequel on disposera une petite cuvette contenant du chlorure de calcium en grain *. On rajoutera de temps en temps du chlorure sec s’il en manque dans la cuvette. Ce procédé est utilisable pour toutes les semences, y compris les potagères, qui conservent alors leurs qualités germinatives.

          *   Voir chlorure de calcium sur Wikipédia  C’est un puissant absorbeur d’humidité. On retirera la saumure de temps en temps (recyclable par ébullition, éventuellement jusqu’à cristallisation à 180°c ... attention : danger ! le faire par petites quantités)
          Le chlorure de calcium n'est ni toxique ni polluant. Il est normalement peu coûteux.

        3. -  En zone humide apparaît parfois un petit insecte (3 mm) redoutable :

           Prostephanus truncatus (Coleoptera, Bostrychidae) arrivé en Afrique vers 1981, Il attaque les grains de maïs, mais aussi de soja, vulnérables alors à d’autres insectes. On protègera le soja et le maïs de la même manière, avec un insecticide adapté en poudre ou gazeux (PH3 la phosphine, produite par le Phosphure d’Aluminium vendu en comprimés de 2 gr.). Cet insecte ressemble et est de la même famille que  Rhisoperta dominica  qui fait, lui, des ravages sur les grains de sorgho en zone sèche 

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        4. - Pour les petites quantités de semences : (par exemple un kilo)

          Au fond d’un sac étanche, en plastic assez épais, on dispose environ une cuillère à soupe de Chlorure de calcium * en grains ou paillettes, emballé dans une bonne  épaisseur de papier journal, suffisamment pour absorber peu à peu la saumure venant de l’absorption de l’humidité résiduelle des graines, par le chlorure de calcium.
          On place les lots de semences, emballées dans des sacs en papier ou tissus, par-dessus ce ballot de papier journal. Et on ferme bien le sac plastic. On peut de temps en temps si nécessaire, vérifier qu’il reste du Chlorure en grain et changer le journal mouillé de saumure.

        5. En gousses (ou pieds entiers) les semences se conservent mieux  car les grains ne sont pas choqués par le battage et sont protégés par la gousse. Mais ce n’est pas très commode !
          On écossera les gousses en les piétinant (dans un sac)   juste avant de semer.

      6. Où se procurer  des semences ?

        ► Si le soja est cultivé dans votre région demandez-en à ceux qui en cultivent, si possible au moment ou avant qu’ils ne récoltent pour aller vous-même voir leur champ.
        ► L’ONG « Afrique Verte »  Email:   afriqueverte@wanadoo.fr 
         aide à la commercialisation du soja en Afrique Occidentale et pourra peut être vous aider
        ► ‘IITA : International Institute of Tropical Agriculture PMB 5320, Ibadan, Nigeria  Email: IITA@CGNET.COM
         possède une grande collection de variétés de soja et fourni des petits lots de semences à tester chez vous.
        Le Nigéria produit déjà 500.000 tonnes de soja par an, aidé par l’IITA. Il y a ce qu’il vous faut dans ce pays qui a commencé la culture vers 1983 !
        ► Si vous n’avez rien de tout cela allez sur divers marchés, et achetez de-ci de-là des grains de diverses provenances (demandez cette provenance). Cultivez alors quelques rangs pour choisir les variétés qui conviennent à votre région.
        Si vous n’avez ni méthode ni temps vous pouvez aussi mélanger et semer les graines sur divers terrains et ne récolter comme semences  que les variétés qui vous conviennent.

      7.   - Vérification de la qualité des semences

        Une des difficultés de la vulgarisation de la culture du soja réside dans la délicate conservation des semences. Elles craignent surtout l’humidité et, dans une moindre mesure, la chaleur. Les deux associées ne permettent pas une conservation au delà de quelques 6 mois.

        Quelques semaines, ou quelques jours, avant de semer il est donc prudent de vérifier le pouvoir germinatif des semences, surtout si on en connaît mal l’origine, la date de récolte, les conditions de récolte et de conservation.
        Voici quelques tests
        Le test le plus sûr est de faire germer, par exemple, cinquante graines de soja dans du sable (2cm) bien mouillé.
        Si 45 grains germent, sur les 50, le pouvoir germinatif est dit  de 90% Les graines sont considérées comme bonnes à semer. On pourra à cette occasion vérifier l’état de conservation des cotylédons intacts ou plus ou moins tachés ou déformés.
        Si le pouvoir germinatif est plus bas il faudra augmenter au semi, la densité des semences. 

        Un autre test rapide permet de repérer les lots de graines qui ne germeront surement pas, ou très mal :
        On sépare les cotylédons de quelques graines. On regarde la couleur. Si ils ont pris une couleur légèrement rosé c’est mauvais signe. Les cotylédons vivants sont jaune très clair.
        Ce test est encore plus visible si on fait tremper les graines de  soja dans l’eau :
        Si les graines deviennent roses c’est mauvais signe.  La peau se fripe en une minute car elle a perdu l’imperméabilité qui la protégeait de l’humidité et de l’oxygène (oxydation des huiles des graines)
        Il se peut que les graines finissent par germer au bout de cinq à six jours... lentement.. Les graines ont encore un « pouvoir germinatif » mais ont perdu leur « vigueur germinative ». De telles graines auront du mal à soulever la terre et on trouvera les graines sous terre germées mais pourries.
        Une bonne « vigueur germinative » permet au soja de germer correctement dans des conditions plus difficiles
        Rappel  des conditions pour avoir de bonnes semences.
        - Attendre la pleine maturité pour la récolte (les feuilles se détachent du pied)
        - ou ne récolter que les gousses bien mûres du bas du pied
        - Ne pas « battre »  le soja pour l’égrainer, mais le piétiné pour ne pas endommager les graines  (les cotylédons se fendillent au choc, de façon non visible).
        Tamiser et vanner convenablement les semences pour en retirer la poussière et autres impuretés
        - Conserver les semences au sec, à l’abri du soleil. Au besoin utiliser, en vase clos, un absorbeur d’humidité (Chlorure de calcium )

    2. -- Les semis proprement dit.
      1. -- Préparation du terrain

        On peut se contenter de ne labourer que la ligne de semi (au moins 10 cm), par exemple avec la sarcleuse de Lara. Ou par poquet (Zaï)

        Les semis de soja se font habituellement un peu après les semis de sorgho. Quelques pluies ont déjà fait pousser les mauvaises herbes. Si on est équipé pour effectuer rapidement ce travail * on peut sarcler (faux semis) avant de semer le soja, Cela retardera le premier sarclage du soja ;
        * sarcleuse manuelle, dite de Lara, ou culture attelée

      2. -- Quels jours semer ?

        Il ne faux pas semer trop tôt en saison car le soja jeune est sensible à la sécheresse
        On ne sèmera pas avant que  la saison des pluies soit déjà  un peu installée.
        On sèmera tout de suite après une pluie d’au moins 20 mm qui ne soit pas la première (car alors le sous sol est sec). Si c’est la première pluie il faut qu’elle soit d’au moins 30 mm.

      3. -- A quel moment semer ?

        Il est souhaitable de semer le soja immédiatement après une bonne pluie car, le soja demande beaucoup d’eau pour gonfler  (50% de son poids, à la différence du maïs 30%) et pouvoir alors commencer à germer.
         Par exemple après une pluie de la nuit il y a une grosse différence de germination  entre le soja semé le matin et celui semé l’après midi. 
        Cette meilleure germination permet ensuite une meilleure résistance à la sécheresse par un meilleur et plus profond enracinement de la plantule.
        Ne pas semer en terrain sec (on le fait  pour le mil et surtout l’arachide car ils sont plus résistants à la sécheresse que le soja.)
        Ne pas semer non plus juste avant une pluie qui s’annonce car la terre va se compacter autour des graines et les étouffer. La pluie qui s’annonce pourra aussi se révélée trop faible pour faire germer le soja, mais suffisante pour le faire.... pourrir.
        Si on veut semer par temps sec, par exemple pour multiplier des semences sur petite surface en jardin, il faut bien arroser en rigole avant de semer et non après, pour ne pas compacter la terre.

      4. -- Traitement des graines ?

        Question controversée ! Car il pourrait défavoriser la nodulation des racines par le rhizobium (voir plus loin). Peu d’insectes attaquent le soja.

      5. -- Comment semer ?

        -- Densité à l’hectare :
        Si on a assez de semences on cherchera à avoir au moins 300.000 pieds à l’hectare. Soit plus de 30 pieds  par mètre carré, et jusqu’à 45... Les distances dépendront des outils de sarclage - attelé, mécanisé, à la main - dont on dispose, de type de variété et du climat, des plantes associées déjà en place et du nombre de graines que l’on met par poquet.
        Exemples :
        -- Distance entre les rangs : en zone sèche 50 cm sera un maximum, 75 en zone Humide.
        -- Distance entre les poquets : de 16 à 40 cm selon l’écartement entre les rangs. Soit  50cm x 40cm x 7 grains (350.000)  soit  50 x 40 x 6 (300.000)  soit    50 x 30 x 5 (330.000)  soit 50 x 20 x 4 ( 400.000)  (soit 75 x 25 x 5 (266.000) etc. ...  
        -- Poids des graines nécessaires pour semer un hectare (100m x 100m = 10.000 m²) :>
        Pour une densité moyenne de 350.000 graines  à l’hectare 
        Le poids de 1.000 graines varie selon les variétés de 110 à 250 grammes .
        Soit environ 35 à 90 kilos par hectare ou 3,5 à 9 grammes par m².
        -- Profondeur du semis : 2 cm en sol argileux, à 3 cm en sol meuble ou plus sableux.
        --  semer avec quel outil> ?
           Si le terrain a été labouré on peut semer  « au bâton » avec ou sans lame, là ou cette technique se pratique. C’est très rapide.
           Si le terrain n’a pas pu être labouré,
        En terrain non labouré : ne pas semer au bâton mais  semer avec une houe très étroite (5cm, comme les herminettes pour tailler le bois ou avec une lame de hache) un peu lourde pour labourer en profondeur au moins sous le poquet où seront déposées les graines, afin que, surtout au démarrage de la culture, les racines se développent bien.
        On peut utiliser la sarcleuse de Lara pour ne labourer que la ligne de semis.
        -- Nombre de graines : au moins 5 bonnes graines par poquet pour que les grains s’aident l’une l’autre à soulever la terre surtout si elle est argileuse. (La germination est épigée comme pour l’arachide, c'est à dire que les cotylédons doivent pouvoir sortir de terre). Les mauvaises graines peuvent faire pourrir les autres.
        -- Ne pas plomber c'est-à-dire ne pas tasser la terre après avoir recouvert les graines de terre. Contrairement à l’arachide le soja n’a que peu de force pour soulever la terre et il meurt si on tasse.

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  5. -   L’ENTRETIEN
    1. –  Le Sarclage

      Environ une semaine après que les lignes de soja auront levé et seront bien visibles on pourra commencer à sarcler le soja avant que les mauvaises herbes s’enracinent. Cela facilitera les autres sarclages. Un seul sarclage est suffisant si on effectue par la suite un  buttage. Cela dépend aussi du stock de graines de mauvaises herbes du champ.
      Si, à laide de traceurs à trois et quatre dents on a semé à 50cm x 40cm x 7grains en « damier »  on peut faire très rapidement tout le sarclage dans les deux sens, avec la sarcleuse de Lara *

    2. Le Démariage

      il est nuisible pour le soja (2 à 7 pieds par poquet). On a donc intérêt à tamiser et si possible trier très soigneusement à l'avance les semences pour éliminer les petits grains (qui ne fructifieront pas) et les grains morts.

    3. Le Buttage 

      Le buttage remplace le deuxième sarclage et permet d’éviter plus tard, la « verse » des pieds sous le poids des gousses qui se formeront.
      --- Si les semis ont été  faits, selon les courbes de niveau**, ce buttage sera aussi une manière très efficace de supporter les attentes entre deux pluies, en arrêtant le ruissèlement de l’eau qui  se sera infiltrée sur place. De petites racines vont pousser sur les tiges enterrées par le buttage.
      Si les courbes n’ont pas été bien tracées l’eau risque de couler quand même le long des sillons. On les fermera alors par endroit – tous les cinq mètres par exemple* - par des petits barrages de terre (buttage cloisonné)

      *  et ** contacter  xlaurentb@yahoo.fr pour avoir une idée du matériel assez simple pour   tracer, sarcler, butter, cloisonner... que forgerons et/ou mécaniciens  peuvent fabriquer localement.

    4. Le Désherbage  manuel

      Il est toujours conseillé de désherber à la main et à la houe quand le soja et les herbes ont plus d'une quinzaine de cm. Surtout si on n’a pas bien maitrisé les premiers sarclages et le buttage.
      Ce dernier désherbage augmentera un peu les rendements, facilitera la récolte et laissera un champ sans trop de semences de mauvaises herbes pour l’année suivante.
       

    5. Un Traitement insecticide ?

      La plupart du temps inutile ou non rentable. Les principaux ennemis sont des punaises. Elles détériorent les grains et les vident.
       Si nécessaire on utilisera un des  insecticides pyrétrinoïdes ou autres insecticides destinés aux cultures potagères

      

  6. -  LA RÉCOLTE

    On se reportera au § sur  la récolte des semences (ci-dessus)  On choisira et préparera  en effet les semences juste en même temps que le reste de la récolte  ou juste avant celle ci.  
     

    1. — Comment faire sécher

      Pour de grandes surfaces à récolter on  ne récoltera que ce qui est assez sec pour être battu le jour même. On pourra mettre les pieds de soja, sans les racines (à cause de la terre) en tas sur une grande bâche ou  des nattes, ou une surface cimentée ou, faute de mieux directement à terre si on ne craint pas la pluie.
      La récolte ne doit absolument pas être mouillée !!! La mettre sous bâche ou sous hangar si le climat le nécessite.
      On aura plus de sécurité en faisant le premier battage le même jour que la récolte et en laissant sécher sur pied ce qui n’était pas bien sec.
      Le battage est plus facile aux moments chauds et secs de la journée. 

    2. —  Comment « battre »

      Les semences, rappelons le, ne devront pas être « battues » mais « piétinées »  pour ne pas fendiller les graines sous les chocs.
      Pour la partie de la récolte destinée à être mangée on pourra battre au bâton, comme pour les niébé ou le mil, ou de toute autre manière, traditionnelle ou non. Battage contre les parois internes d’un fût de 200 litres (pour semences) ou sur le fût couché, comme pour le riz,  pour ce qui sera mangé.

    3. — Tamisage et vannage

      Ils sont nécessaires pour éliminer les cosses vides mais aussi pour avoir du soja propre et si possible déjà calibré (élimination des petits grains destinés aux animaux)

    4. — Les résidus de battages

      Les cosses vides et même les grosses tiges sont très appréciées des ruminants. Cela vaut la peine de faire un effort pour les garder au sec pour la saison sèche
      Rappelons que les feuilles devraient être tombées et sont alors restées dans le champ.

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  7. -   LA CONSERVATION  du soja
    (Voir au §  Semences)

    1. -- En zone sèche :

      Il n’y a pas de problème, tant pour les semences que pour les grains de la récolte destinés à la consommation. On peut garder les semences en grains dans un endroit aussi peu chaud que possible, mais surtout bien au sec.
      Donc ne pas déposer les sacs au sol au contact duquel il a très souvent des condensations d’humidité, mais déposer les sacs sur un support (en bois) surélevé pour éviter l’humidité

    2. -- En zones humides :

      Pour les semences voir plus haut à « semences »
      On peut appliquer, pour les grains de consommation, les mêmes méthodes de lutte contre les insectes que pour les semences. 
      On peut aussi utiliser pour le soja les mêmes méthodes que pour les autres denrées alimentaires (poudres, ou gaz comme la phosphine)
       En gousses (ou pieds entiers) les semences se conservent mieux mais ce n’est pas très commode ! On les piétinera (dans un sac) alors juste avant de semer.

  8. - LES UTILISATIONS  du soja
    (cf. début de l’article)

    Ce n’est pas le lieu ici de détailler les multiples utilisations du soja
    On retiendra surtout sa richesse en lysine et en huile.
     La non digestibilité du soja cru fait qu’on l’utilisera toujours après une transformation souvent d’origine asiatique).
    Grillé puis mis en farine  on l’utilise alors de multiples manières.
    Le soja peut être bouilli  et mis à  fermenter. 
    Sous forme de  «  lait et dérivés » cela demande un peu d’apprentissage mais donne de bons produits très agréables.
    On peut l’utiliser germé, ce qui demande ensuite peu de cuisson.
     Même là ou il est rare le soja peut servir à l’élevage des jeunes poussins (petits grains grillés et mis en farine)
    Les résidus de récoltes sont un bon aliment pour les ruminents

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  9. - POUR EN SAVOIR PLUS....   Sur Internet.

    ► On y parvient soit par « soja » (surtout pour la cuisine et l’alimentation animale) soit, (pour la culture), par le nom scientifique du soja : Glycine max
    ► Pour la composition des aliments sur Internet chercher «  table canadienne des éléments nutritifs »
    ► Cherchez aussi à Chlorure de calcium
    ► ou posez vos questions à xlaurentb@yahoo.fr

 

Bonne réussite !  Et bon appétit !

(xlaurentb@yahoo.fr)     14/08/2011      

 

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