Genèse du Projet BAMiSA

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01/06/2026

Le Projet MISOLA-BAMiSA a été imaginé en 1982, pour donner une réponse rationnelle à la malnutrition infantile touchant une région de « Haute Volta ». Ce Projet est née dans le service de pédiatrie de l’hôpital de Fada N’Gourma, avec le soutien de l’association Frères des Hommes et en lien avec les autorités de Santé. Cette réponse se voulait scientifiquement argumentée, conforme aux normes du Codex Alimentarius, réalisable avec les ressources agricoles locales et les technologies artisanales de transformation alimentaire et à terme, autonome.

La composition de la farine MISOLA a été définie en 1982 à partir de la consultation de quelques documents de référence disponibles à l’époque. Le choix du soja comme source de protéines et de lipides s’est imposé malgré sa rareté en Haute-Volta à l’époque.

JELLIFFE D.B. L’alimentation du nourrisson dans les régions tropicales et subtropicales. OMS. 1970.

FAO/OMS. Energy and Protein requirements. Rapport technique 522. 1973

CAMERON M, HOFVANDER Y, Manuel sur l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants . Groupe consultatif sur les protéines et les calories du système des Nations Unies. 1976.

Journal Officiel de la République Française : ‘’Aliments diététiques et de régime de l'enfance nécessitant une cuisson avant consommation’’  Arrêté du 1/07/1976.’

LATHAM M.C., Nutrition Humaine en Afrique tropicale, FAO 1979

CODEX ALIMENTARIUS FAO/ OMS
CAC/RPC 21-1979, STAN 74-1981

HELLSTROM A and coll, Dietary Bulk as a limiting factor for nutrient intake. Journal of Tropical Pediatrics, June 1981

La fabrication de la farine MISOLA a pu être lancée en 1982, au sein du CREN de l’hôpital. Quelques documents ont alors été rédigés.

DIAOUARI E, LAURENT C. La bouillie enrichie, qu’est ce que c’est. Développement et Santé n°41 1982

SOME L., LAURENT F., SAWADOGO J.M. « Farine pour alimentation des nourrissons », Direction Départemental de la Santé de l’Est. Décembre 1982

SOME L. « Problèmes posés – à résoudre – autour de MISOLA et PRODIA »
Direction Départementale de l’EST. Janvier 1983

LAURENT F., LAURENT C. « Fabrication artisanale d’un aliment de supplémentation pour jeunes enfants. La farine MISOLA. Bilan de six mois de production au Centre nutritionnel de Fada N’ Gourma. » Mai 1983

Le document de mai 1983 fait l’objet d’une note de la Direction de la santé, Ouagadougou, attestant de l’intérêt que les autorités de santé portaient à ce projet.

NB. Le projet Prodia concernait la production artisanale de sachets de sels de réhydratation fabriqués par la pharmacie de l’Hôpital, dirigée par le Dr SAWADOGO JM..

En mars 1984 l’association Frères des Hommes rédige, avec la participation du CREDES, un document qui définit le projet MISOLA : « Projet de Santé en Haute Volta, Etude d’un aliment pour nourrisson : la farine MISOLA produite à Fada N’Gourma, Haute Volta » rédigé par LAURENT C., LAURENT F., Patte F., RAINNHORN JD. Ce document est introduit par le texte suivant :

1. Introduction

C'est à la demande du Ministère de la Santé Botaïque et de l'Association Frères des Hommes qu'une équipe de médecin et de pharmaciens du CREDES a travaillé sur le problème de la farine Misola.

Depuis 1972, l'Association Frères des Hommes participe, en accord avec le gouvernement de la Gaute Volta au fonctionnement de l'hôpital de Fada N'Gouma et du secteur médical du département de l'Est. Actuellement, un rapport financier de Frères des Hommes se poursuit pour des projets précis de Santé publique. C'est dans ce cadre, à l'hôpital de Fada N'Gouma, que la réflexion et la mise au point de la farine Misola se sont faites.

Depuis octobre 1982, une unité de production de farine Misola fonctionne de façon artisanale.

Ce rapport se propose d'étudier cette expérience de production de farine en la situant d'abord dans son Environnement et dans son Histoire. Puis, seront abordés l'étude de la composition de la farine, du fonctionnement de l'unité de fabrication, du contrôle de qualité et de la distribution. Nous avons adopté, dans chaque chapitre, dans la méthode de travail suivante : descriptioon, analyse, conclusion et propositions.

En fin de dossier sont regroupées les proportions les plus importantes.

Introduction du document « Projet de Santé en Haute Volta, Etude
d’un aliment pour nourrisson : la farine MISOLA produite à Fada N’Gourma, Haute Volta »

En page 8, le projet MISOLA est décrit de la façon suivante :

6. MISOLA

La décision de la production de farine de supplémentation a été prise en octobre 1982 par les médecins du service de Pédiatrie (volontaires de Frères des Hommes), le pharmacien de l’hôpital et le Directeur départemental de la Santé… dans le but d’offrir aux mères un aliment simple pour leur nourrisson, leur montrant la nécessité de lui préparer des repas spéciaux en plus de l’alimentation de type adulte. Il s’agissait aussi de valoriser les produits locaux en montrant comment les adapter aux besoins d’un nourrisson.


6.1 Une réunion au CREN, le 18 octobre 1982, a rassemblé les médecins, le pharmacien et les animatrices des PMI et de l’hôpital de Fada N’Gouma*.

Il a été fait part du projet de commercialiser une farine pour nourrissons en posant d’emblée la question : est-ce qu’un tel projet peut aider les femmes ou au contraire, nuire à l’éducation nutritionnelle ?

Ont été abordés : les caractéristiques de la formule envisagée, les points de distribution, le problème du prix de vente et le problème de l’emballage. Le nom à donner à cette farine a été mis « au concours ». C’est le nom de MISOLA qui a été retenu.

Deux femmes de Fada ont été recrutées pour faire démarrer l’unité de fabrication de MISOLA et la production a débuté fin octobre 1982.

En décembre 1982, un dossier a été adressé au ministère de la Santé publique, informant les Autorités de l’expérience MISOLA.

En décembre encore, lors de la réunion annuelle des infirmiers-chefs de postes médicaux de brousse, une information sur MISOLA leur a été transmise.

En janvier et mars 1983, respectivement, le Directeur départemental de la Santé de l’Est et le Directeur de la Planification aux affaires sociales font une demande de financement pour la construction d’un local auprès de plusieurs organismes dont l’UNICEF.

En mai 1983, le service « Santé de la famille et Nutrition » publie un rapport technique sur MISOLA.

A la même époque, les docteurs F. et C. Laurent font le bilan de six mois de production de farine MISOLA.
En juin 1983, le ministère de la Santé demande à Frères de Hommes et au CREDES de poursuivre leur collaboration financière et technique pour ce projet. Le Ministère place alors l’expérience MISOLA sous son autorité directe.

Etaient également présents : un responsable de la Cellule de Nutrition de Ouagadougou de passage à Fada et le responsable à Fada de l’Association Pour l productivité (APP : organisme privé américain)

Page 8 du document « Projet de Santé en Haute Volta, Etude
d’un aliment pour nourrisson : la farine MISOLA produite à Fada N’Gourma, Haute Volta »

Le pharmacien de l’hôpital présente le projet au Congo RDC.

SAWADOGO J M. Communication sur PRODIA et MISOLA, Kinshasa 1985

En 1986, la formule de la farine est simplifiée pour permettre la production d’une farine 100% végétale et locale. Cette nouvelle composition a donné lieu à de nouveau document. Les premières expérimentations de la liquéfaction amylasique commencent peu de temps après.

TRECHE S. Correspondance à propos de Misola, Janvier 1986

LAURENT C. « Information Diététique 1/1997 »  La formule de Misola était la suivante : Petit mil grillé 45%, farine de Soja grillé (20%), poudre de lait écrémé (15%), pâte d’arachide (10%), sucre (9%), Sel de fer, sel d’iode et chlorure de sodium (1%). La composition a été simplifiée par les suppressions des additifs ferriques et iodés et de la poudre de lait, ce qui a rendu la production totalement indépendante des approvisionnements extérieurs .., Janvier 1987. (L’additif iodé a été remplacé par du sel iodé).

Gouvernement du Burkina Faso, Fonds des Nations Unies pour l’Enfance. Département Alimentation et Nutrition. « Etude des possibilités de production et de vulgarisation d’un produit de sevrage type Misola au niveau des villages, dans les provinces du Gourma et du Yatenga. ». Préface de Stanislas Spéro ADOTEVI alors représentant de l’UNICEF au Burkina Faso. Février 1987

BENOIT O. « Les farines de sevrages, L’expérience Misola au Burkina Faso »
L’Enfant en Milieu Tropical, n° 167 168. CIE 1987

SOUBEIGA S, LAURENT C, LAURENT F. « Fabrication de la Farine MISOLA, Méthodes et moyens, Eléments de gestion financière ». La formule Mil grillé 60%, Soja Grillée 20%, Arachides Grillées 10%, sucre 9%, sel iodé 1% est redonné dans ce document. Document Frères des Hommes,  Mars 1989

MOUQUET C. « Etude de la production artisanale de farines de sevrage au Burkina Faso »
Mémoire pour l’obtention d’un DESS. Septembre 1989

BOBO L. « Misola, la farine du Burkina » PROCELOS -  CLUB DU SAHEL - OCDE – CILSS Bulletin  n°4, décembre 1989

Dr TIENDREBEOGO A. « Bulletin de liaison des agents de la santé du Gourma n°3 » 1990

SOUBEIGA S., LAURENT C., LAURENT F. « Fabrication de la farine Misola »
Groupe Conseil Misola / Asso Frère des Hommes. Janvier 1991

GODENIR C. LAURENT F.
« Du lait maternel à l’alimentation de type adulte : Les aliments de sevrage ».
Revue Développement et Santé n° 106 Août 1993
Si, à cette date, il était compris que « l’idéal est de donner beaucoup de calories sous un faible volume », la solution de la liquéfaction amylasique de la bouillie n’était pas encore systématiquement appliquée.

SOUBEIGA S. « Les farines Misola au Burkina Faso » L’alimentation de complément du Jeune enfant, Atelier OMS/ORSTOM Université Senghor, Alexandrie 20-24 novembre 1994

A partir de 1995 les publications et la filmographie MISOLA se positionne clairement pour que les bouillies soient liquéfiées.

LAURENT F « La bouillie Misola dans l’alimentation infantile’ ».
Au chapitre 11 de la publication interne ‘’La farine MISOLA’’ de septembre 1995, la recette de bouillie prend sa forme actuelle : « Mettre  1 volume de farine + 2 volumes d’eau + trois pincées de malt », cette recette figurant au verso de l’étiquette papier, très artisanale, de l’emballage de la farine à partir de 1995. 

 

1995. LAURENT F, NOYON D. « Un enfant bien nourri est un homme qu’on gagne », film en VHS, 58 min, Vue(s) du large, Septembre 1995
La séquence ‘’liquéfaction’’ de ce film est en ligne sur ce site au chapitre 05 Vidéos (Liquéfaction, Fada N’ Gourma, Film 1995).

Les publications qui suivront proposeront systématiquement la liquéfaction amylasique.

LAURENT F. « La conduite de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant
Manuel destiné aux personnels de santé » Association Misola,  Février 1996.

LAURENT F. « Comment préparer la bouillie » Développement et Santé n° 126 et 127 Décembre 1996, Février 1997

LAURENT F, TAVERDON J. « Malnutrition infantile dans les PVD ». 4ème Carrefour des Pédiatres de la Région Rhône-Alpes, Mai 1998

EMERIAU S. « Utilisation de la farine de complément infantile Misola par le SAMU Social de Ouagadougou » Université de Montpellier II, 2001 - 2002

RAULIN J.P. « La malnutrition en Afrique : Peut-on lutter efficacement ? »  Pédiatrie Pratique n° 134 Janvier 2002

LAURENT F, SAWADOGO J.M, « L’art et la manière de préparer une bouillie ». Développement et Santé n° 160 Août 2002. (Ce document est reproduit en 02 E)

SAWADOGO J.M., KINDA J. « Rôle de la farine Misola dans la prévention de la malnutrition et la récupération  nutritionnelle des enfants » 2ème atelier international IRD/WU/FAO Ouagadougou 23-28 novembre 2003

VOCHELET Benoit, « Du Sénégal au Tchad, Misola la farine de l’espoir » Mensuel Afriques n°6 Décembre 2005 - janvier 2006.

Autour des années 1990, les questions de composition des farines locales et de la viscosité des bouillies ont été largement étudiées. L’évolution du projet Misola a bénéficié de ces recherches pour la simplification de la formule de la farine et pour l’utilisation des amylases dans la bouillie. Voilà quelques références.

Guide pour la formulation et la préparation des farines de sevrage à base d’aliments locaux. Service Nutrition du Ministère de la santé et de l’action sociale, Burkina Faso Août 1990.

Ministère de la Santé et de l’Action sociale / UNICEF/ PAM « Atelier de réflexion sur la production et la vulgarisation des farines de sevrage à base d’aliments locaux au Burkina Faso ». 5-7 Décembre 1990

Ministère de la Santé et de l’Action sociale du B.F. / UNICEF « Plan d’action pour  la production et la vulgarisation des farines de sevrage à base d’aliments locaux au Burkina Faso ». Mars 1991

Dillon J.C., Treche S., Gamarchi P., Mbome L.,  Actes du séminaire de Brazzaville ORSTOM Mai 1991

Ashworth A, Draper A. The potential of traditional technologies for increasing the energy density of weaning foods. OMS 1992

SANOGO M, BRANDERHORST E., LAURENT F., TRECHE S. « La production infantile de farine infantile » GRET Guide Pratique, Comité Français pour l’UNICEF, Juillet 1994

Trèche S, De Benoist B, Benbouzid D, Delpeuch F, L’alimentation de complément du jeune enfant. OMS/ORSTOM Alexandrie, Novembre 1994.

Brown K.H and coll, Optimal complementary feeding practices to prevent chilhood malnutrition in developping countries. Food and Nutrition Bulletin Volume 16, December 1995

Briend, A La malnutrition de l’enfant, Des bases physiopathologiques à la prise en charge sur le terrain, Institut Danone 1998

Complementary Feeding of young children in developing countries. OMS/ Orstom 1998

Brown K.H and coll, Expert consultation on complementary feeding, Food and Nutrition Bulletin Volume 24 March 2003.

Voies alimentaires d’amélioration des situations nutritionnelles en Afrique de l’Ouest. 2ème atelier international Ouagadougou IRD/Wageningen University/FAO, Novembre 2003

Codex Alimentarius FAO/ OMS
CAC/GL 08-1991, STAN 074-1981, Rév.1-2006

A partir de 2004, les Aliments Thérapeutiques Prêts à l’emploi (ATPE) tels que Plumpynut breveté en 1997, commencent à affluer. L’intérêt scientifique porté aux farines infantiles et aux bouillies s’estompe puisque ‘’la solution à la malnutrition a été trouvée’’!
La fortification des farines devient également un critère dans le choix des Organismes, des ONG et du secteur commercial. Le projet MISOLA développe alors une nouvelle formule de ‘’farine MISOLA fortifiée’’ (vitamines, minéraux et amylases industrielles) pour pouvoir répondre à quelques commandes institutionnelles. La majorité des Acteurs adoptent alors ce modèle.

En 2009, le Projet BAMiSA est lancé avec le concours des Acteurs qui ont fait le choix de sauver le modèle « bouillie + amylases locales », sans intrants.

 

 

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